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Les algues vertes Un amalgame répandu ou la méconnaissance des algues

3 novembre

Les algues vertes ! On en entend beaucoup parler… Aujourd’hui ces algues vertes qui s’échouent sur les côtes bretonnes et normandes posent de grands problèmes environnementaux. C’est un phénomène qui prend tellement d’ampleur que c’est l’image des algues qui en devient totalement erronée. Le terme “Algues vertes” est utilisé à contresens, car il indique une famille d’algues, non un problème. C’est un amalgame qui est très répandu, dû au fait de la méconnaissance des algues et des nombreux titres d’articles de presse qui jouent de ce raccourci littéraire. Cet article a pour mission de vous aider à comprendre la différence entre le problème de pollution et la qualité de l’algue verte à l’état d’aliment.

Oui, c’est la même variété que nous utilisons, la laitue de mer.

Nous ne pouvions pas commencer cet article sans répondre directement à la question que l’on nous pose le plus souvent :

“Mais, ce ne sont pas les mêmes algues que les marées vertes ?"
Et bien OUI et NON !

OUI, dans le sens ou dans la famille des algues vertes, une variété appelée Ulva sp est utilisée par les entreprises comme la nôtre, dans la valorisation des algues en alimentaire. Cette algue fait partie de la famille des “ulves”, qui sont mises en cause dans les marées vertes.

NON, car, comme nous l’expliquons dans notre article qu’est ce qu’une algue bio, nous sommes des cueilleurs, nous prélevons uniquement des algues non échouées, qui se trouvent sur leurs lieux de pousse. Donc, rassurez-vous tout de suite, chez Bord à bord, les algues dérivantes ou échouées ne rentrent pas dans la composition de nos produits.
Ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas lire la suite de l’article ;-)

Pour mieux comprendre la suite, une algue c’est quoi en quelques mots ?

Ici, nous parlons de macro-algue, c’est-à-dire une algue de forme végétale, visible à l’œil nu. Les algues ne sont pas des plantes, contrairement aux végétaux terrestres, les algues n’ont ni racine, ni fleur, ni feuille. Comme elles n’ont pas de racine, les algues ne tirent pas de sels minéraux de leur point de fixation mais directement via le milieu liquide dans lequel elles évoluent.

Une marée verte, c’est quoi ?

Ce phénomène est l’addition de plusieurs facteurs. Le premier est une géographie propice, les marées vertes se produisant dans des baies, calmes avec peu de brassage d’eau. Le deuxième est la clarté de l’eau, sa faible profondeur et sa température favorisant la photosynthèse naturelle de l’algue. Le troisième et malheureusement le plus connu, est l’apport excessif de nitrate dans les eaux de ruissellement qui s’écoulent via les rivières. L’algue est “friande” de nitrate et d’azote. Comme le phénomène est propice dans les baies (qui souvent ont une rivière), vous avez là, l’addition tragique qui favorise ces marées. Comme vous l’avez vu dans le chapitre précédent, l’algue se "nourrit" sur toute la surface de sa feuille, donc même décrochée de son lieu de vie, elle continue à grandir. Si toutes les conditions sont réunies, cela peut entraîner une biomasse très importante, qui hélas s’échoue et provoque les marées vertes.

  • Des baies entièrement vertes
    Il n’y a pas que la France, le phénomène est mondial.
  • Impact sur l’écosystème
    Le phénomène des marées vertes peut entraîner la mort d’animaux.

Les marées vertes c’est depuis quand ? Attention à la confusion !

Il faut distinguer le phénomène des “marées vertes” et le cycle naturel des algues vertes comme la laitue de mer ou l’ao nori par exemple.
Il n’est pas rare de croiser des promeneurs sur le littoral en été, qui en nous voyant cueillir ou chercher des algues, viennent nous voir pour nous exprimer leur mécontentement en voyant beaucoup d’algues vertes. Là, ils font fausse route ! Nous demandons alors s’ils viennent aussi en hiver ou au printemps au même endroit. Quand la réponse est positive, nous demandons quelles sont les couleurs dominantes sur le rivage, la réponse est rapide, marron ! C’est normal, en hiver et au printemps, les algues dominantes sont les algues brunes et rouges, donc le paysage est marron, en été et à l’automne, les algues dominantes sont les vertes, et ce depuis des milliers d’années, donc l’été le paysage est vert !

L’accentuation des phénomènes d’algues vertes

Quand on regarde dans les archives des municipalités côtières, il n’est pas rare de voir des écrits sur le ramassage des algues échouées sur les plages pour l’amendement de champs. Notre région est connue pour ses légumes, ses pommes de terre de l’île de Batz et ses oignons de Roscoff, les algues y sont certainement pour quelque chose !
Les marées vertes se sont accentuées dans les années 70 après une apparition discrète dans les années 60. Il a été reconnu que l’agriculture intensive est liée à ces marées vertes.

L’élevage porcin est très important en Bretagne, les déjections des porcs appelés “lisier” sont répandues dans les champs comme engrais naturel. Jusque là, c’est plutôt une logique d’engrais naturel, donc louable mais le problème est dans l’équilibre. La production de porc étant énorme en Bretagne, il y a eu un excès de lisier dans les terres. S’en vient ensuite un phénomène naturel bien résumé par Alain Creusot dans le journal Libération :

“Le processus chimique à l’origine de cette pollution est simple. Le lisier contient de l’azote sous forme ammoniacale (d’où l’odeur) ou organique.
Après avoir été stocké dans des cuves, il est étendu sur des champs pour servir d’engrais naturel. Sous l’effet de micro-organismes, cet azote se transforme en nitrates, phase ultime de cette métamorphose chimique. Soit les nitrates sont absorbés par les plantes, soit ils rejoignent, par ruissellement ou pénétration, les ruisseaux ou les nappes. Et les ruisseaux vont à la mer, explique Alain Creusot, spécialiste de la pollution de l’eau par les activités agricoles au ministère de l’Environnement.
Trop-plein. Le problème, c’est que les éleveurs ­ encouragés depuis plus de vingt ans à « intensifier leur production » par la politique agricole commune ­ont souvent les cuves qui débordent. Certains n’hésitent pas, alors, à épandre plusieurs couches de lisier sur leurs champs.
D’autres le font hors des périodes de développement des semences. D’où un ruissellement excessif de nitrates. Une fois dans la mer, les nitrates constituent un sel nutritif pompé avec délices par ces ulves qui se développent par « fragmentation » avec la chaleur du soleil.”

Des scandales et de la manipulation politique !

La gestion de ces marées vertes est une calamité ! Après de nombreuses alertes d’habitants des côtes bretonnes, la mort de différents animaux et les décès suspects de joggeurs, de transporteurs d’algues, et d’ostréiculteurs, les politiques de la région commencent à bouger sur cette question. Il en aura fallu du temps, pour que soit reconnue cette catastrophe écologique qui donne une image négative du littoral breton et des algues.

Une BD qui fait du bruit.

Malgré ce scandale, de nombreux bretons, (surtout ceux non touchés par les marées), estiment que le phénomène vient surtout des dires d’écologistes "extrêmes". Une BD écrite par Inès Léraud et dessinée par Pierre Van Hove, aidera en 2019 à porter la parole des habitants à l’oreille du grand public septique. On y découvre la pression de l’industrie agroalimentaire pour étouffer ce scandale et l’impact des algues sur l’écosystème. Nous ne nous faisons pas juge de cette situation, depuis, les agriculteurs ont changé leurs habitudes…

L’évolution vers le “mieux”, sera longue.

Un plan “algues vertes” a été mis en place par l’État en 2010 pour essayer de ralentir et stopper les marées vertes avec 3 axes principaux : le préventif, le curatif et la connaissance. Les agriculteurs ont alors été accompagnés pour réduire l’apport de lisier dans les champs et déterminer les zones “sensibles” où l’épandage est trop risqué…
Malgré ces efforts, les scientifiques estiment qu’il faudra minimum dix ans pour constater une amélioration. Ce délai est lié au “stock” de nitrate accumulé dans les terres agricoles, qui par le ruissellement se retrouve dans les eaux des rivières.

Les idées reçues sur les algues en quelques questions

Les algues vertes sont-elles toxiques ?
Si nous parlons de macro algues, les algues ne sont pas toxiques. Comme beaucoup de végétaux, la toxicité vient lorsque la plante meurt et se décompose. Les algues vertes échouées dégagent alors un gaz toxique : de l’hydrogène sulfuré.

"Les algues ça pue !?"
L’odeur de la marée peut aller d’une effluve “classique” à très forte et âcre, mais ceci n’est pas du tout l’odeur d’une algue fraîche. Faites une expérience : déposez dans un sac plastique de congélation une carotte, mettez-la au soleil pendant plusieurs jours, le sac va gonfler et la carotte va se décomposer doucement. Ouvrez le sac et sentez…. Ça pue non ? C’est donc la décomposition des algues échouées qui fait que l’odeur est forte. Allez vous balader à marée basse sur le rivage et sentez les algues accrochées à leur lieu de pousse. L’odeur est douce, agréable, iodée. Conclusion, comme tous les végétaux, une algue fraîche ça sent bon !

"Il y avait moins d’algues avant ?"
Et bien, ça dépend des algues et ça dépend du lieu. Comme vous l’avez vu dans l’article, il y a des endroits propices au développement des algues vertes, mais globalement la biomasse est stable depuis des dizaines d’années.

À propos de l’Actu des algues

L’actu des algues c’est le blog de Bord à bord avec des articles sur tout ce qui touche au monde passionnant de nos végétaux marins ! Nous y partageons le savoir-faire acquis au cours de toutes ces années à travailler avec les algues et les professionnels du secteur. C’est également un lieu de partage de conseils, de bonnes pratiques et d’idées de recettes afin d’ouvrir notre univers iodé au plus grand nombre et continuer à faire aimer les algues !

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