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Qu’est-ce que l’algoculture ? Explications et témoignage d’une experte

31 mars

La culture d’algues, également appelée “algoculture” est une pratique ancienne dont le développement occidental est relativement récent. C’est un mode de culture innovant avec un fonctionnement précis et des intérêts environnementaux multiples. Comme en témoigne Helena Abreu, biologiste marin et co fondatrice de l’entreprise portugaise bio Algaplus, avec qui nous avons le plaisir de travailler depuis plusieurs années.

Définition, histoire et types d’algoculture

L’algoculture se définit par une culture en masse des algues, qu’il s’agisse de micro-algues (algues microscopiques dont la masse est visible comme la spiruline) ou de macro-algues (algues visibles à l’oeil nu comme nos algues de cueillette sauvage).

L’objectif de l’algoculture peut être de générer des ressources alimentaires, mais aussi des ingrédients cosmétiques, pharmaceutiques ou des produits bio-plastiques.

Si la consommation d’algues pour l’alimentation remonte à la préhistoire, les premières traces d’algoculture remontent cependant au XVIème siècle chez les Aztèques avec la culture de spiruline Arthrospira. En Europe, c’est à partir des années 1890 seulement que la première culture de micro-algues voit le jour aux Pays-Bas. De nombreux essais de culture d’algues ont lieu par la suite au cours du 20ème siècle avec différents objectifs : réduire les teneurs en Co2, traiter les eaux usées, et enfin l’alimentation avec la spiruline à partir des années 1970.

Deux principes de cultures présents en Europe
L’algoculture des macro-algues s’est développée en Europe qu’à partir des années 2000, suivant les modèles de culture issus des pays asiatiques pour les variétés cultivées en milieu sauvage (comme le wakamé). La culture de macro-algues en bassin à terre (hors milieu sauvage) est quant à elle plus récente.

  • La culture d’algues
    À terre, en bassin avec de l’eau de mer
  • La culture d’algues
    En mer, sur filières

Le fonctionnement de l’algoculture des macro-algues

L’algoculture des macro-algues nécessite la maîtrise et gestion du cycle de vie entier de l’algue cultivée. Pour Helena Abreu (CEO de Algaplus), il existe deux fonctionnements possibles :

  • Le premier est la propagation végétative. C’est comme pour la coupe de l’herbe du jardin : l’algue pousse, on coupe et ça repousse.
  • L’autre fonctionnement est plus complexe puisqu’il faut fermer le cycle de production au moment de la récolte. La culture se fait donc par des cycles de vie entiers et nécessite de développer les « bébés algues » dans un environnement spécial pour une période de plusieurs mois afin d’obtenir des spécimens adultes mâles et femelles. C’est un processus plus compliqué et précis, donc plus onéreux, mais très qualitatif.

L’impact environnemental positif de l’algoculture bio

L’algoculture est un mode de culture d’avenir par rapport à de nombreux enjeux environnementaux :

  • L’algoculture et le captage de Co2
    De nombreux scientifiques s’intéressent depuis des années aux incroyables propriétés des algues comme “puits de carbone” : pour fixer le carbone et dioxyde de carbone (Co2) et dégager du dioxygène (o2). Selon l’encyclopédie Britannica, 90% de l’oxygène mondial serait produit par les algues. Il existe aujourd’hui de nombreuses initiatives, associations et ONG qui souhaitent développer des forêts d’algues dans des lieux stratégiquement placés pour lutter contre les émissions de Co2. Ainsi l’algoculture est intéressante car on peut considérer chaque bassin ou chaque filière comme un petit puit de carbone supplémentaire, qui à son échelle permet un impact environnemental positif.
  • L’algoculture pour une gestion durable de la ressource sauvage
    Pour Bord à bord l’algoculture est complémentaire à la cueillette à la main des variétés sauvages en saison. D’un côté, l’algoculture offre une alternative d’approvisionnement qualitative pour éviter une cueillette trop intensive des algues sauvages. De l’autre, la culture d’algues permet de pallier les écarts de volume de cueillette liés à la saisonnalité des algues sauvages. Ainsi toute l’année l’algoculture permet d’avoir accès à un approvisionnement bio et de qualité pour continuer à démocratiser la cuisine aux algues “hors saison de cueillette”.
  • L’algoculture comme générateur d’écosystème et de biodiversité :
    Les végétaux marins sont de véritables générateurs d’écosystème et de biodiversité. Les algues apportent de la protection et des nutriments aux espèces aquatiques qui vivent à leur contact (pour plus de détails lire notre article "qu’est-ce qu’une algue ?"). Ainsi l’algoculture est souvent gérée conjointement à d’autres types d’aquaculture comme c’est le cas pour celle des poisson qui est complémentaire à celle des algues chez Algaplus.
https://youtu.be/N3waXNqZU4k

Interview de Helena Abreu, co fondatrice et directrice générale de l’entreprise Algaplus, spécialisée dans l’algoculture durable

Bonjour Helena, peux-tu te présenter en quelques mots et nous dire où tu es ?
Je m’appelle Helena Abreu, je suis biologiste marin et co fondatrice / directrice générale de l’entreprise Algaplus. Nous sommes dans le bureau du siège de Algaplus à Ílhavo, une ville au bord de la lagune « ria de Aveiro » une heure au sud de Porto au Portugal.

Pourquoi s’être intéressé aux algues ?
J’ai choisi les algues pendant mon cursus de biologie marine aux Açores, pour moi ce sont elles qui donnent leur beauté aux fonds marins. J’ai commencé par étudier l’écologie des algues pour comprendre leur importance dans l’écosystème marin. J’ai appris qu’elles permettaient de lier une importance écologique avec une importance économique.

Helena, qu’est-ce que Algaplus ?
Algaplus est une jeune entreprise, créée en 2010, notre métier est de faire de la culture d’algues. Nous menons en parallèle des projets de recherches pour optimiser les protocoles de cultures des algues et répondre aux demandes de nos partenaires pour de nouveaux produits. L’autre point important du concept d’Algaplus est d’intégrer la culture des algues avec celle des poissons. Cela permet d’avoir une culture biologique, riche et naturelle des algues car nous n’avons rien besoin d’ajouter pour « nourrir » les végétaux marins, ceci nous permet d’avoir un impact plus POSITIF sur l’environnement. Nous sommes 18 personnes chez Algaplus aujourd’hui.

Depuis combien de temps travaillez-vous avec Bord à bord ?
Nous avons rencontré Bord à bord en 2013 avec Henri Courtois (fondateur et dirigeant). Après une première visite en Bretagne en 2012, nous savions que c’était la région d’Europe où l’utilisation des algues était la plus mature.

Comment cultive-t-on les algues ?
Les algues peuvent pousser de deux façons :
La plus facile peut être comparée à l’herbe du jardin, on la coupe et ça continue à grandir. C’est ce que l’on appelle la propagation végétative.
L’autre façon est plus complexe, c’est le cas de l’algue nori par exemple. Là, on va fermer le cycle de production. Nous devons avoir une nurserie pour faire les « bébés des algues » puis elles vont grandir pendant une période de croissance, entre deux et trois mois, pour arriver à des éléments adultes. Nous avons besoin des éléments mâles et des éléments femelles. C’est un processus plus complexe, donc plus onéreux, mais qui garantit une qualité naturelle.

AU PORTUGAL
les algues se cultivent en bassins à terre avec de l’eau de mer.

L’algoculture est-elle l’avenir de l’algue ?
Pour moi l’algoculture est l’avenir pour les algues alimentaires, cosmétiques, etc.. Il y a des espèces qui sont très importantes pour l’écosystème marin et nous devons y faire très attention, ne pas faire de surexploitation de ces algues-là. L’algoculture est complémentaire à la ressource sauvage cueillie à la main.

Quelle différence entre l’algue de culture et l’algue sauvage ?
L’algoculture permet de connaître tout le parcours de nos algues, de la première cellule au produit fini. La traçabilité est donc complète sur une algue de culture. Nous contrôlons parfaitement la qualité de l’eau, nous pouvons aussi contrôler la variabilité naturelle de la composition nutritionnelle de l’algue. Mais je n’aime pas dire que les algues d’algoculture sont meilleures que les algues sauvages, ça dépend toujours de l’endroit où les algues sauvages poussent. Si l’on est sûr de la qualité de l’eau et que l’on maîtrise son impact environnemental, les deux sont parfaitement complémentaires.
L’algue de culture permet aussi d’avoir accès à la ressource tout au long de l’année, donc de développer et démocratiser la consommation d’algue.

Est-ce que tu aimes les recettes Bord à bord (dis-nous la vérité)
Non !
Mais bien sûr, j’aime bien tous les produits Bord à bord depuis que les connaît !

Quelle est ta recette préférée et comment-utilises-tu les algues ?
Je les aime presque toutes, je préfère le tartare d’algues provençal et classique, mais ce sont aussi les produits que je connais le mieux. Je fais du poisson grillé, mais là j’utilise le tartare d’algues au citron confit, j’aime bien manger le classique et le provençal avec du fromage des Açores, le « São Jorge » comme accompagnement, sinon avec du pain tout simplement.

Au Portugal, comment mange-t-on les algues ?
Finalement le Portugal est l’un des pays où l’on a le plus d’habitude de manger des algues. Particulièrement sur la côte Nord du Portugal et dans les Açores où les algues sont traditionnellement mélangées avec des œufs (nori) ou avec du poisson.

Ton algue préférée ?
Mon algue préférée, et celle que j’utilise le plus à la maison aujourd’hui est la Nori.

Un dernier mot Helena ?
Mangez des algues ! Des algues el coraçao !

Crédits photos :
Pedro Cerqueira / Portugal
Gregory Mignard / Bretagne
Hugo Morel / Bretagne

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